
Ceux que je connais ne font plus vraiment attention aux vêtements qu’ils portent. Ni même aux ricanements dans leur dos et encore moins au jugement que porte la société à leur égard. Ils ont mangé la soupe tiède du bon petit soldat une grande partie de leur vie : marcher dans le rang sans faire de vagues.
Sans sourciller au commencement, puis finalement en plissant un peu plus leur regard, essayant de comprendre ce que doit être l’évidence, la ligne conductrice que l’on doit suivre. Certaines périodes de la vie sont plus propices que d’autres pour comprendre et vivre à travers les yeux de la société. Ne pas trop réfléchir et résonner à l’unisson en le montrant significativement.
Puis quand la vérité de toujours se heurte systématiquement à sa petite voix intérieure, alors certains se masquent le visage pour rester dans le wagon, droit sur les rails des infos jamais controversées. Dans ce grand train, il est toujours plus confortable de garder sa place assise d’un bout à l’autre. Il est plus simple de remplir passablement le vide qui nous sépare de la meute plutôt que de la défier.
Cette routine – les émotions contenues entre deux tasses de café et les cris étouffés du monde – révèle le malaise. Un narratif dissonant articulé par des compteurs éraillés. Le masque qui se visse chaque matin perd de l’adhérence comme un pansement mouillé qu’on force à retrouver sa place.
L’éveil progressif
Progressivement, guidés par un besoin irrépressible de déterrer la vérité nue, nous commençons à remettre en question le cadre dans lequel on nous maintient. Je regarde ces gens courageux qui prônent haut et fort à qui veut bien l’entendre que les ombres dans la grotte ne sont que le pâle reflet déformé du monde.
Pointer les incohérences dans ce qui nous a été soigneusement appris dans les livres de classe ou martelé dans les chaînes d’info continue nous expose violemment aux invectives des gens parfaitement normaux. Mais pour moi, toutes ces personnes qui osent vivre intensément, qui font preuve d’une agitation fiévreuse, sont des héros.
Le système en place
Les 4 coins du dé qui racontent notre histoire ont été limés grossièrement ; il retombe inlassablement sur la même face. Un dogme lourd façonné à travers les âges par un pouvoir organisé et déterminé à s’ériger au-dessus de la lumière divine. Le contrôle total des esprits, la corruption, la désinformation, le mépris, la richesse personnelle et le pouvoir à plus soif se sont imposés face aux peuples déconstruits par la ruse millénaire.
Ce nouvel et surtout très ancien ordre mondial joue aux échecs face à l’intelligence et au réflexe d’un enfant apeuré : nous.
Les mécanismes de manipulation
Je ne pourrais jamais exposer toutes ces théories complotistes qui finissent par se révéler vraies. D’ailleurs aujourd’hui, la vérité et la justice n’ont plus aucune importance. Il suffit de calomnier les lanceurs d’alerte, d’inonder les esprits de sujets creux ou encore de complexifier les affaires en s’attardant sur une nuée de détails ou de questions subsidiaires.
Noyer le sujet à l’opinion publique en le diluant dans un flux sans fin et orienté. Imposer ces décisions par la force et effrayer un peu plus vigoureusement les plus mauvais élèves. Le plus important est de diviser avec panache et effet de manche.
Les discours méprisants ne laissent plus de doute sur leur arrogance et leur défiance éhontée envers leurs administrés. Ils ont pleinement conscience qu’il n’y a pas de moyen réel démocratique de les toucher, peu importe la profondeur nauséabonde des immondices qu’ils commettent. L’oligarchie, les nantis, nous considèrent comme une sous-espèce à exploiter et à influencer pour rester au sommet de la chaîne alimentaire.
La double peine des résistants
La tragédie qui se joue pour l’ensemble des personnes en résistance est une double peine. Il est clair qu’une partie des individus a décidé de détourner la tête. Et l’on retrouve aussi a contrario des personnes obnubilées, sans aucun recul, qui courent après le dernier complot tendance propagé par un gourou 2.0.
Une fois que le spectacle de marionnettiste laisse apparaître les ficelles, nous hurlons à qui veut bien l’entendre l’abomination qui se déroule sous nos yeux. Malheureusement, nous tenons très fort une pierre brûlante que nous refusons de lâcher, au grand plaisir des élites qui nous brûlent avec délice à deux reprises : à travers les mensonges infâmes et banalisés ainsi que par le recadrage d’un troupeau résigné qui continue à édifier la stèle de la liberté intellectuelle.
L’espoir d’un réveil
Des milliers d’éclaboussures ne remplaceront jamais la peur provoquée par l’arrivée d’une seule vague scélérate, mais peut-elle encore vraiment s’élever dans des cœurs bouleversés ?
Je ne pense plus que le déclencheur d’un sursaut citoyen puisse émerger de la majorité. Il doit d’abord passer par une purification émotionnelle et individuelle de ses propres peurs. Il doit être tissé et rapiécé aux esprits libres qui sauront construire un autre monde et laisser pourrir l’ancien.
Il est donc urgent d’arborer un sourire mécanique envers et contre tout.
un sourire protecteur contre leurs tentatives de nous faire chavirer émotionnellement. Ce sourire leur retirera définitivement la jubilation qu’ils éprouvent à nous voir nous débattre sous leur poison, qui je l’espère sera enfin rendu sans effet.
Roland Martinez BLOG – Regards Classe Moyenne
Pour prolonger la réflexion sur le contre‑pouvoir citoyen, voici une analyse sur le tirage au sort et le référendum comme leviers de participation. https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/298625-face-la-crise-de-la-democratie-representative-le-tirage-au-sort-et-le